écriture

  • Couleur-Douleur

     

    J'aime beaucoup les textes de Françoise Pitte. Sa justesse et sa finesse d'écriture sont inégalables.La profondeur de ses textes me laisse tout le temps sans voix. Je bois ses mots et ses poésies toujours avec émoi. J'ai choisi ce texte de Françoise car il évoque un sujet qui me tient à coeur.

     

     

    Couleur, Douleur

     

    Nous ne parlerons pas de la FEMME berbère

    Dans un ksar de l’Atlas ôcre et sans avenir.

    Tissage manuel, feu à entretenir

    Toujours ceinte d’enfants sous l’œil noir d’un cerbère.

     

    Nous ne parlerons pas de la FEMME birmane

    Prix Nobel de la  Paix, murée en sa maison.

    Dans Rangoon résigné, face à la déraison

    La femme aux yeux de jade est une fleur qui fane.

     

    Nous ne parlerons pas de la FEMME tchétchène

    Quand la neige assourdit le pas des assassins.

    Violeurs et pilleurs, ils ont de noirs desseins

    Et la plaine rougie est une scène obscène.

     

    Nous ne parlerons pas de ces FEMMES afghanes

    Dont les yeux grillagés se ferment de terreur

    Sous l’éclat de la bombe et le sang et l’horreur

    De corps déchiquetés en terres musulmanes.

     

    Nous ne parlerons pas de la FEMME irlandaise

    Et de ces religions qui bâtirent des murs

    Dans Belfast ou Armagh, quand les jours sont obscurs

    Sur la lande infinie où plonge la falaise

     

    Car la vie est ainsi, la vie est une FEMME

    Qui enfante souvent au hasard d’un destin.

    Les puissants jouent aux dés, amassent le butin

    La FEMME et son enfant sont au centre du drame.

  • Rester libre et vivant

     

     

    Une puce électrique marche à pas velouté sur la dune chimérique cabossée et embuée

    Une palme académique traverse Cannes et sa jetée suivie par Childéric le roi celte de l’été

    Un tocsin affable caresse le carillon cathodique d’une église d’une étable envahie par une toxine

    La plage béante s’échappe du tableau accrocheur une gouache perdue reprend ses couleurs câlines

     

    Soudain on songe un instant à enfermer l’auteur de ce premier quatrain libre pour folie mensongère

    Mais l’auteur s’empresse de cacher ardemment ses écrits en cherchant non loin dans sa chimère

    Drôle d’endroit pour abriter des vers sauvages et libertaires peu importe dit le courageux géniteur

    De ces textes amovibles sautillants sur mille toiles en papiers supérieure il leur doit de l’ardeur

     

    Le père inferieur du monastère bleu me tend le message et d’une main ferme au bras tendu il m’accueille

    J’ai pris place dans une cellule pour échapper à mes geôliers culturels et enivrés par leur écueil

    Un lieu chaste et silencieux dépourvu de couleurs de tourbillons et d’instants frénétiques m’héberge

    Je n’ai pas le temps de penser aux tumultes provoqués dans mon esprit pernicieux par ce simple cierge

     

    La flamme de ma cellule tourbillonne dans ma tête d’esclave affranchi et de poète inconvenant

    Je souille un lieu sacré par des corps d’esprit lumineux muet mais toujours méditant et priant

    Suis-je digne de fouler leur espace ? pensais-je soudainement en terminant mes ablutions

    Une douche de modestie s’imprègne alors sur ma peau récalcitrante face à tant d’adoration

     

    La porte s’est refermée et ainsi caché dans le cloître des pénitents ma vie est sauvée dans un sens

    J’ai opté pour le silence, la sobriété et la perpétuelle méditation au détriment de mon indécence

    Est-ce le prix à payer pour continuer de rugir d’exister de respirer même dans une forme aphonique ?

    Un tourbillon d’amnésie effleuré de prières m’incite à parcourir ce labyrinthe spirituel et inique

     

    Dehors sur la butte on m’attend d’un pied ferme en jacobin vengeresque décidé à en découdre

    Avec mon esprit libertaire et anarchique qui leur déplait au point de me broyer dans la foudre

    Traitre je suis à leur yeux et tels des pères inquisiteurs d’un autre siècle désormais ressuscité

    Ils mettent ma tête à prix d’une mort suspendue sur le fil de l’âme libérée déconfite et endiablée

     

    le comble est de mise et c’est désormais sous le regard de ce moine compatissant et ubuesque

    Que ma nouvelle vie d’homme perdu sans foi ni regard va commencer dans ce lieu dantesque

    Une foi s’offre à moi je l’ignore la combat dans un aphasie littéraire suspendue en gouttes acides

    Mais comment donc vais-je pouvoir me sortir de ce pas rompu à une existence monacale et aride

     

    Avec le temps je comprendrai pourquoi il fallait faire ainsi et peut-être qu’un jour je serai

    De nouveau ivre de parole et de mots sans dérive incongrue soulagé de l’injonction du laquais

    Les soldats de la cité épousent les paroles de leur roi acharné à me voir disparaître du paysage

    Mais aucun de ces retors-bouffons m’obligera au silence et très vite j’écris une nouvelle page

     

    L’écrivain cloitré dans une chambre froide et muette retrouve l’équilibre temporelle et repart

    Dans l’aventure de ses récits en dérangeant dix fois plus l’ordre établi par l’édit culturel de césar

    C’est de mes quatre murs d’enceinte que je porte à présent  l’escarmouche sur ce pouvoir perdu

    C’est ici que désormais j’accoucherai de mes mots l’intrépide bataille pour l’amour de cette ingénue

     

    Joseph Bernard