poésie

  • Canarder de mille façons

     

    L'expression, quelle qu'elle soit, est la plus belle des libertés. Héritage générationnel parfois titillé, souvent encadré par les pouvoirs. D'où qu'ils viennent, ils se démènent pour malmener cette liberté lorsque l'on n'écrit pas dans leurs sens et que les mots raisonnent en eux tel un poil à gratter.

    Liberté d'écrire, de poétiser, de romancer, d'invectiver, de jouer, de chanter, de rire de pleurer sur des textes, des musiques, des photos, des peintures.....

    Canardons donc ce site de toutes nos expressions et soyons légion dans l'excentricité, la créativité et la provocation. Déranger et oser par et avec les mots, c'est ne pas craindre le glaive du pouvoir et lui rappeler que des sentinelles s'activent pour soutenir une expression libre pour tous.

    Joseph

     

  • Tu pars ?

     

    Est-il arrivé le moment de l’absence, du départ ? De la fin d’un cycle ?

    Es-tu au bout de ton chemin  mon ami ? Entre ces deux trains arrogants, lequel  vas-tu prendre ?

    Quelle distance as-tu accompli sur cette croute terrestre pour en comprendre l’essence ?

    Quel parcours achevé parsemé de sons et de silences accompagnés d’un écho serein, mysterieux !

     

    Pour toi la mort n’est autre qu’une conscience située dans une autre dimension

    Celle où les âmes s’accomplissent enfin après leurs labeurs et leurs joies reçus au temps terrestre

    Le sacré, l’univers, l’ombre parmi les ombres qui trouve enfin l’éclaircie d’une oraison lumineuse

    Tu es prêt  pour le départ et de ce pas, tu prépares ton entourage sans brusquer les choses

     

    Soudain, Tu accélères le mouvement.Heureux de retrouver ce monde caché derrière le voile

    Et ceux qui t’entourent, t’accompagnent  t’aiment  au point d’en oublier le temps

    Une parenthèse, un blanc, un entracte s’installent dans nos vies qui se tournent vers toi mon ami

    Une nuit à veiller à te parler,  à blaguer et à t’accompagner sur le sentier qui mène à la mort

     

    Quel sens a notre existence pour un monde de folie qui explose dans une néfaste nébuleuse

    Quel chemin de vie nous assure la certitude d’être ce qu’on doit-être pour passer le pont de l’arche

    Dans un épanouissement vertigineux de jouissance, symbole de réussite morale et philosophique  

    Pour une vie d’Homme accomplie, aboutie, transmise, réservée.  Une telle vie mérite une belle mort.

  • Une bouteille à mer

    Claquements inattendus sur un ban de ruines attendant la correspondance de douze heure

    Sur la baie opposée à la salle d’embarquement volontaire trois corps gisent de bonheur

    Des anciens inscrits pour le voyage qui finalement se sont donnés la mort pour fuir

    L’implacable destin réservés aux volontaires du programme « destination Vioquir »

     

    Une oraison funeste perdue dans la lame bleuté de l’océan s’agite telle une ombre

    Planant sur les « élus » qui partiront 5 millions sans inverser l’issue ni le nombre

    Je ne sais pourquoi j’esquivais ce jour-là un refus d’obtempérer à l’ordre militaire

    De rejoindre le convoi pour la gloire de ma nation et la lutte pour la suivie humanitaire  

     

    Un destin une fissure un hiéroglyphe une ficelle ...tant d’éléments qui orientèrent mon choix

    Une intuition une croyance un flair une pensée tant de sentiments qui assurèrent ma voie

    Celle d’un homme libre dépaysé par l’intérêt général et telle la mésange citadine et latine

     Je marchais sur le rebord de ce toit comme le funambule acrobate imitant la zibeline

     

     J’avais découvert qu’au nom du bon sentiment national nos chefs préparaient le pire brasier

    Dans lequel périraient millions par millions les plus faibles de la cité avec une cruauté niée

    Les âmes rebelles accompagnaient le cortège vers la dernière demeure...la dernière rumeur

    Un vaisseau planétaire chauffait sur l’ère d’envol l’air de rien comme une routine ultérieure

     

    Si seulement ils savaient si seulement j’avais su plus tôt le but ultime de ce voyage

    Une seconde chance disaient-ils une nouvelle planète attendaient les colons sauvages

    L’annonce alléchante du pouvoir les avait convaincus et d’un pas serein ils accoururent

    Répondre à l’arnaque colossale organisée et ventilée par  des chefs des traitres des raclures

     

    Un vertige incessant m’empêcha d’accepter au dernier moment ce nouveau challenge

    J’avais senti la supercherie mais trop tard...En signant le formulaire A75Z pas d’échange

    Alors pour rester libre et éviter une exécution certaine je pris le maquis me cachant près du quai

    Nous étions trois insoumis trompant la vigilance de nos gardes et échouâmes dans la baie

     

    Cachés de tous, nous observâmes la scène et accompagnâmes nos camarades de fortune

    Qui en rejoignant le vaisseau maudit se réjouissaient déjà de leur prochaine Neptune

    Une minute après le décollage l’explosion un ciel meurtri une apocalypse vision

    « Pas de témoin » annonça le chef de l’escouade en nous retrouvant et trois balles en violation

     

     Bientôt, amis terriens, frères humains, vous rentrerez à nouveau dans l’ère du sang

    Ou les plus forts en finiront avec les plus faibles de leur race et les plus vieillissants

    Comme nous vous connaitrez la peur des massacres programmés pour le bien de l’humanité

    Je vous transmets ce message dans cette bouteille : prenez le maquis de la liberté

     

    Joseph Bernard

  • Rester libre et vivant

     

     

    Une puce électrique marche à pas velouté sur la dune chimérique cabossée et embuée

    Une palme académique traverse Cannes et sa jetée suivie par Childéric le roi celte de l’été

    Un tocsin affable caresse le carillon cathodique d’une église d’une étable envahie par une toxine

    La plage béante s’échappe du tableau accrocheur une gouache perdue reprend ses couleurs câlines

     

    Soudain on songe un instant à enfermer l’auteur de ce premier quatrain libre pour folie mensongère

    Mais l’auteur s’empresse de cacher ardemment ses écrits en cherchant non loin dans sa chimère

    Drôle d’endroit pour abriter des vers sauvages et libertaires peu importe dit le courageux géniteur

    De ces textes amovibles sautillants sur mille toiles en papiers supérieure il leur doit de l’ardeur

     

    Le père inferieur du monastère bleu me tend le message et d’une main ferme au bras tendu il m’accueille

    J’ai pris place dans une cellule pour échapper à mes geôliers culturels et enivrés par leur écueil

    Un lieu chaste et silencieux dépourvu de couleurs de tourbillons et d’instants frénétiques m’héberge

    Je n’ai pas le temps de penser aux tumultes provoqués dans mon esprit pernicieux par ce simple cierge

     

    La flamme de ma cellule tourbillonne dans ma tête d’esclave affranchi et de poète inconvenant

    Je souille un lieu sacré par des corps d’esprit lumineux muet mais toujours méditant et priant

    Suis-je digne de fouler leur espace ? pensais-je soudainement en terminant mes ablutions

    Une douche de modestie s’imprègne alors sur ma peau récalcitrante face à tant d’adoration

     

    La porte s’est refermée et ainsi caché dans le cloître des pénitents ma vie est sauvée dans un sens

    J’ai opté pour le silence, la sobriété et la perpétuelle méditation au détriment de mon indécence

    Est-ce le prix à payer pour continuer de rugir d’exister de respirer même dans une forme aphonique ?

    Un tourbillon d’amnésie effleuré de prières m’incite à parcourir ce labyrinthe spirituel et inique

     

    Dehors sur la butte on m’attend d’un pied ferme en jacobin vengeresque décidé à en découdre

    Avec mon esprit libertaire et anarchique qui leur déplait au point de me broyer dans la foudre

    Traitre je suis à leur yeux et tels des pères inquisiteurs d’un autre siècle désormais ressuscité

    Ils mettent ma tête à prix d’une mort suspendue sur le fil de l’âme libérée déconfite et endiablée

     

    le comble est de mise et c’est désormais sous le regard de ce moine compatissant et ubuesque

    Que ma nouvelle vie d’homme perdu sans foi ni regard va commencer dans ce lieu dantesque

    Une foi s’offre à moi je l’ignore la combat dans un aphasie littéraire suspendue en gouttes acides

    Mais comment donc vais-je pouvoir me sortir de ce pas rompu à une existence monacale et aride

     

    Avec le temps je comprendrai pourquoi il fallait faire ainsi et peut-être qu’un jour je serai

    De nouveau ivre de parole et de mots sans dérive incongrue soulagé de l’injonction du laquais

    Les soldats de la cité épousent les paroles de leur roi acharné à me voir disparaître du paysage

    Mais aucun de ces retors-bouffons m’obligera au silence et très vite j’écris une nouvelle page

     

    L’écrivain cloitré dans une chambre froide et muette retrouve l’équilibre temporelle et repart

    Dans l’aventure de ses récits en dérangeant dix fois plus l’ordre établi par l’édit culturel de césar

    C’est de mes quatre murs d’enceinte que je porte à présent  l’escarmouche sur ce pouvoir perdu

    C’est ici que désormais j’accoucherai de mes mots l’intrépide bataille pour l’amour de cette ingénue

     

    Joseph Bernard