Rester libre et vivant

 

 

Une puce électrique marche à pas velouté sur la dune chimérique cabossée et embuée

Une palme académique traverse Cannes et sa jetée suivie par Childéric le roi celte de l’été

Un tocsin affable caresse le carillon cathodique d’une église d’une étable envahie par une toxine

La plage béante s’échappe du tableau accrocheur une gouache perdue reprend ses couleurs câlines

 

Soudain on songe un instant à enfermer l’auteur de ce premier quatrain libre pour folie mensongère

Mais l’auteur s’empresse de cacher ardemment ses écrits en cherchant non loin dans sa chimère

Drôle d’endroit pour abriter des vers sauvages et libertaires peu importe dit le courageux géniteur

De ces textes amovibles sautillants sur mille toiles en papiers supérieure il leur doit de l’ardeur

 

Le père inferieur du monastère bleu me tend le message et d’une main ferme au bras tendu il m’accueille

J’ai pris place dans une cellule pour échapper à mes geôliers culturels et enivrés par leur écueil

Un lieu chaste et silencieux dépourvu de couleurs de tourbillons et d’instants frénétiques m’héberge

Je n’ai pas le temps de penser aux tumultes provoqués dans mon esprit pernicieux par ce simple cierge

 

La flamme de ma cellule tourbillonne dans ma tête d’esclave affranchi et de poète inconvenant

Je souille un lieu sacré par des corps d’esprit lumineux muet mais toujours méditant et priant

Suis-je digne de fouler leur espace ? pensais-je soudainement en terminant mes ablutions

Une douche de modestie s’imprègne alors sur ma peau récalcitrante face à tant d’adoration

 

La porte s’est refermée et ainsi caché dans le cloître des pénitents ma vie est sauvée dans un sens

J’ai opté pour le silence, la sobriété et la perpétuelle méditation au détriment de mon indécence

Est-ce le prix à payer pour continuer de rugir d’exister de respirer même dans une forme aphonique ?

Un tourbillon d’amnésie effleuré de prières m’incite à parcourir ce labyrinthe spirituel et inique

 

Dehors sur la butte on m’attend d’un pied ferme en jacobin vengeresque décidé à en découdre

Avec mon esprit libertaire et anarchique qui leur déplait au point de me broyer dans la foudre

Traitre je suis à leur yeux et tels des pères inquisiteurs d’un autre siècle désormais ressuscité

Ils mettent ma tête à prix d’une mort suspendue sur le fil de l’âme libérée déconfite et endiablée

 

le comble est de mise et c’est désormais sous le regard de ce moine compatissant et ubuesque

Que ma nouvelle vie d’homme perdu sans foi ni regard va commencer dans ce lieu dantesque

Une foi s’offre à moi je l’ignore la combat dans un aphasie littéraire suspendue en gouttes acides

Mais comment donc vais-je pouvoir me sortir de ce pas rompu à une existence monacale et aride

 

Avec le temps je comprendrai pourquoi il fallait faire ainsi et peut-être qu’un jour je serai

De nouveau ivre de parole et de mots sans dérive incongrue soulagé de l’injonction du laquais

Les soldats de la cité épousent les paroles de leur roi acharné à me voir disparaître du paysage

Mais aucun de ces retors-bouffons m’obligera au silence et très vite j’écris une nouvelle page

 

L’écrivain cloitré dans une chambre froide et muette retrouve l’équilibre temporelle et repart

Dans l’aventure de ses récits en dérangeant dix fois plus l’ordre établi par l’édit culturel de césar

C’est de mes quatre murs d’enceinte que je porte à présent  l’escarmouche sur ce pouvoir perdu

C’est ici que désormais j’accoucherai de mes mots l’intrépide bataille pour l’amour de cette ingénue

 

Joseph Bernard

 

écriture poésie rester libre et vivant; frederic quillet essai

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